Serviteurs… oui mais où ?

Je ne sais pas ce qu’il vous vient à l’esprit quand on parle de « serviteur de Dieu ». Peut-être pensez-vous automatiquement à l’expression « serviteur à temps plein », à des missionnaires à l’étranger, à des pasteurs. Mais pensez-vous à des médecins, des profs, des employés de bureau, des maçons ou des parents au foyer ? Ou bien à vous-mêmes, étudiants ?

Regardons ensemble un texte de Luc qui parle de serviteurs (Luc 17.7 à 10) :

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« 7 Qui de vous, s’il a un esclave qui laboure ou fait paître les troupeaux, lui dira, quand il rentre des champs : « Viens tout de suite te mettre à table ! » 8Ne lui dira-t-il pas au contraire : « Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, jusqu’à ce que j’aie mangé et bu ; après cela, toi aussi, tu pourras manger et boire. » 9Saura-t-il gré à cet esclave d’avoir fait ce qui lui était ordonné ? 10De même, vous aussi, quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : « Nous sommes des esclaves inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire. »

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> Le contexte

Ceci est une parabole. Depuis le chap. 17 v.1, Jésus est en train de parler à ses disciples et il leur donne différents enseignements a priori sans rapport.

En fait, il donnait des paraboles depuis le chapitre 15 : d’abord sur le Royaume des cieux, devant un public composé de pharisiens et de gens de mauvaise vie – pour montrer que le Royaume des cieux est plutôt constitué de gens de la deuxième catégorie que de la première ! Au chapitre 16 il s’adresse à ses disciples et/ou aux pharisiens. Mais les enseignements de 17.1 à 10 ne sont que pour ses disciples, pas pour les Pharisiens. Et il leur présente 4 écueils qui guettent le disciple : être une occasion de chute pour autrui (vv.1 à 3a), ne pas pardonner (vv.3b-4), ne pas avoir de foi (vv.5 et 6), et enfin, ne pas comprendre ce que veut dire être serviteur (vv.7 à 10). Pour un disciple, ne pas saisir ces 4 points, et ne pas y faire attention (cf. v.3a) est grave !

Que celui qui est disciple de Christ prenne donc garde à ces 4 points. C’est intéressant de voir qu’il ne s’agit pas uniquement d’actions – causer une chute ou ne pas pardonner –, mais également d’attitudes (manquer de foi c’est ne pas dépendre de Dieu pleinement), et également de la conception de son identité de serviteur.

> Être et faire

Car dans ces vv.7 à 10, il n’est pas tant question d’agir malgré les apparences (quasiment tous les verbes sont des verbes d’actions) que d’être.

Reprenons les versets de la parabole sans la conclusion de Jésus (vv.7 à 9) :

– pour les verbes côté esclave, nous avons : labourer, paître, rentrer des champs, préparer à dîner, se changer, servir, faire. Autrement dit, des actions normales pour un serviteur dans la société rurale israélienne du 1er siècle ;

– pour le côté maître, nous avons : dire, ordonner.

Et puis la conclusion de Jésus v.10 : « De même, vous aussi, quand vous aurez fait tout ce qui vous a été ordonné, dites : « Nous sommes des esclaves inutiles, nous avons fait ce que nous devions faire.»

Jésus remet le doigt sur une vérité : tout commence à l’être, à l’identité. Quelle est l’identité des disciples ? Qu’est-ce qui les caractérise en tant que disciples ? Ils SONT des serviteurs inutiles. Et à cause de cela, ils FONT leur devoir. Mais notez bien que le «faire » est conditionné par le « être », et pas l’inverse. Ce n’est pas parce qu’ils font qu’ils sont serviteurs, c’est leur qualité de serviteur inutile qui fait que leur service est un dû pour le maître.

> servir, un dû que l’on doit, pas un dû que l’on nous doit

Cette parabole est un peu rêche au premier abord : serviteur inutile = serviteur qui sert à rien ? Je ne pense pas que ça soit le sens de la parabole, et d’autres passages bibliques nous appellent par exemple « collaborateur de Dieu » [1 Co 3.9]. Et puis la liste d’actions donnée des vv.7 à 9 nous montre bien le travail que le serviteur abat : les champs, le bétail, le repas, le service : toute la journée y passe, tout type de service : aux champs, à la maison !

Toute la définition de « inutile » repose dans la dernière remarque de Jésus : « nous avons fait ce que nous devions faire ». Un serviteur est quelqu’un dont le rôle est de servir. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela, il est là pour ça. Il n’a pas à se vanter d’avoir labouré, paît ou cuisiné, il n’a fait que son boulot de serviteur ! D’où la question du v.9 : le maître saura-t-il gré à cet esclave d’avoir obéi ? (ou, autrement dit par la version Semeur : « Le maître doit-il une reconnaissance particulière à cet esclave… ? ») Bien sûr que non, c’est un esclave… il est là pour ça !

Alors ça ne veut pas dire que le maître va traiter son serviteur comme un moins-que-rien, qu’il ne va pas apprécier son travail ou autre. Le sens profond de la parabole, c’est qu’en tant que disciples, nous sommes serviteurs de Dieu. Cela va avec le pack « chrétien, adopté, enfant de Dieu ». Nous SOMMES serviteurs et cela est un dû à Dieu, pas un titre de superhéros dont on pourrait se vanter. Notre travail n’est pas vain [Hb 6.10 par exemple, 1 Co 15.58], Dieu n’est pas ingrat. Mais ne nous trompons pas : Dieu n’a pas « trop de chance » que nous le servions. Nous, nous avons « trop de chance » que Dieu nous ordonne d’être à son service. Cela devrait nous pousser à l’humilité.

Il y a quelques semaines, un étudiant m’a écrit pour me dire qu’il avait moins animé de DAB que les autres GBUssiens dans son groupe et que, pour compenser, il voulait en animer plusieurs d’affilée. C’est triste de recevoir ce genre de mail. Animer des DAB, servir le Seigneur n’est pas un droit. Pour qui nous prenons-nous ? Nous sommes pécheurs sauvés par grâce par le sacrifice de Jésus et en retour appelés à le servir : pas des fonctionnaires méritants sans qui le Royaume de Dieu ne pourrait pas avancer !

Aucune responsabilité, aucun rôle ne nous est dû. Par contre, nous devons notre service à Dieu, c’est là notre adoration envers celui qui nous a rachetés à grand prix.

> Servir, oui mais où et comment ? (les applications)

Maintenant que nous voyons que servir est une question d’être devant Dieu – et non pas de faire – nous pouvons reprendre notre question du début : qu’est-ce qui vous vient à l’esprit quand on parle de serviteur de Dieu ? Parce que si c’est un dû que l’on doit à Dieu, alors tout le monde est logé à la même enseigne : les pasteurs, les étudiants, les chômeurs, les infirmiers, les artisans, etc. ! Il n’y a pas de séparation à faire entre 2 catégories de gens : les pasteurs / missionnaires et les autres (on pourrait dire « clergé » et « laïcs ») : tout le monde est serviteur à plein temps. La question  n‘est donc plus « dois-je le servir à plein temps ? », ou « je suis un chrétien seconde zone, si je ne veux pas abandonner mes études pour « servir » Dieu ? ». La question sera : DANS QUEL CONTEXTE suis-je, et COMMENT servir Dieu dans ce contexte ?

Il se trouve que vous êtes tous étudiants et que le GBU (que vous avez choisi) offre un cadre de service et vous équipe pour être serviteur dans votre contexte : campus, école, labo. Donc, remplir votre rôle de responsable « à fond » fait partie de ce que vous devez à Dieu parce que c’est VOTRE contexte, là où Dieu vous a placés. Par « à fond », je n’entends pas « jusqu’à épuisement ». L’activisme (faire pour faire) n’est jamais une bonne motivation, c’est même une mauvaise compréhension du rôle du serviteur. « À fond », ça veut dire : être conscient de son identité de serviteur (et donc de son rôle), bien remplir cette tâche (assumer ses responsabilités, tenir ses engagements…), être conscient de ses limites et travailler dans l’humilité.

D’ici quelques mois/années, votre contexte changera : ça ne sera plus un campus mais un hôpital, une école, une église ou une entreprise. Vous serez toujours serviteur à plein temps et cela sera toujours un dû à Dieu. D’autres questions se poseront alors (comment gérer mon salaire, quel équilibre vie de famille / église / travail, témoigner en entreprise / école, etc. …)

Mais en attendant, le service de chacun d’entre vous pour les GBU est apprécié !!

 

Emmanuelle Maignial, CR Méditerranée

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